Comptabilisation des provisions pour risques et charges : cas pratiques selon le Plan Comptable Général (PCG)
À la clôture d’un exercice comptable, l’entreprise ne peut pas se limiter aux seules factures reçues ou aux dettes déjà exigibles. Elle doit également tenir compte des risques et charges probables nés au cours de l’exercice, même si leur montant exact ou leur date de réalisation restent incertains.
C’est dans ce cadre que le Plan Comptable Général (PCG) encadre strictement la comptabilisation des provisions pour risques et charges. Celles-ci permettent d’appliquer le principe de prudence, pilier fondamental de la comptabilité française, en anticipant les pertes probables dès qu’elles deviennent suffisamment certaines.
1) Différence entre provisions pour risques, charges et dépréciations
-
Provision pour risques
Elle concerne un événement incertain pouvant générer une perte.
Exemple :
-
Litige prud’homal
-
Contrôle fiscal en cours
-
Pénalités contractuelles probables
Compte utilisé : 1511 – Provision pour litiges
-
Provision pour charges
Elle correspond à une charge future probable, liée à l’activité.
Exemple :
-
Garantie client
-
Restructuration annoncée
-
Gros entretien programmé
Compte utilisé : 1512 - Provisions pour garanties données aux clients, 158…
| 158 | Autres provisions pour charges | Compte de passif | Compte de bilan | |
| 1581 | Provisions pour remises en état | Compte de passif | Compte de bilan |
-
Dépréciation
Elle concerne une perte de valeur d’un actif (et non une dette future).
Exemple :
-
Client douteux
-
Stock obsolète
-
Immobilisation devenue moins rentable
Comptes utilisés :
-
491 - Dépréciations des comptes de clients
-
39 (stocks)
| 391 | Dépréciations des matières premières (et fournitures) | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 392 | Dépréciations des autres approvisionnements | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 393 | Dépréciations des en-cours de production de biens | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 394 | Dépréciations des en-cours de production de services | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 395 | Dépréciations des stocks de produits | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 397 | Dépréciations des stocks de marchandises | Compte d'actif | Compte de bilan |
| 290 | Dépréciations des immobilisations incorporelles | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 291 | Dépréciations des immobilisations corporelles | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 292 | Dépréciations des immobilisations mises en concession | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 293 | Dépréciations des immobilisations en cours | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 296 | Dépréciations des participations et créances rattachées à des participations | Compte d'actif | Compte de bilan | |
| 297 | Dépréciations des autres immobilisations financières | Compte d'actif | Compte de bilan |
La différence essentielle :
-
Provision = risque ou charge future
-
Dépréciation = perte de valeur d’un élément d’actif
2) Conditions d’enregistrement selon le PCG
Une provision ne peut être comptabilisée que si :
-
L’entreprise a une obligation actuelle (juridique ou implicite)
-
Elle résulte d’un événement passé
-
La sortie de ressources est probable
-
Le montant peut être estimé de façon fiable
! Si le risque est seulement éventuel → mention en annexe, pas d’écriture comptable.
3) Écritures concrètes avec exemples réels
Cas pratique 1 : Litige prud’homal
Risque estimé par l’avocat : 30 000 €
À la clôture :
|
N° compte |
Libellé |
Débit (€) |
Crédit (€) |
|
Dotation aux provisions |
30 000 |
||
|
Provision pour litige |
30 000 |
Impact :
→ Charge comptable
→ Diminution du résultat
Cas pratique 2 : Garantie produit
L’entreprise estime que 2 % du chiffre d’affaires (500 000 €) génèrera des réparations.
Provision estimée : 10 000 €
|
N° compte |
Libellé |
Débit |
Crédit |
|
Dotation aux provisions |
10 000 |
||
|
Provision garantie clients |
10 000 |
Cas pratique 3 : Dépréciation d’un client douteux
Créance client : 8 000 €
Risque de non-recouvrement estimé à 50 %
Provision : 4 000 €
|
N° compte |
Libellé |
Débit |
Crédit |
|
Dotation dépréciation clients |
4 000 |
||
|
Dépréciation clients |
4 000 |
4) Traitement en fin d’exercice
Chaque provision doit être :
✔ Réévaluée
✔ Ajustée
✔ Maintenue
✔ Ou reprise
- Reprise totale (litige abandonné)
|
N° compte |
Libellé |
Débit |
Crédit |
|
Provision |
30 000 |
||
|
Reprise sur provisions d'exploitation |
30 000 |
- Reprise partielle
Si le risque final est de 20 000 € au lieu de 30 000 € :
Reprise de 10 000 € uniquement.
- Si la provision est insuffisante
Complément de charge à enregistrer lors du paiement.
5) Risques fiscaux et erreurs fréquentes à éviter
1. Surévaluer volontairement une provision
Cela diminue artificiellement le résultat.
Risque : redressement fiscal.
2. Provisionner un simple projet
Un projet futur sans obligation actuelle ne justifie pas une provision.
3. Confondre charge à payer et provision
|
Charge à payer |
Provision |
|
Dette certaine |
Dette probable |
|
Montant précis |
Montant estimé |
4. Oublier la justification
Chaque provision doit être documentée :
-
Calcul
-
Estimation
-
Justification juridique ou économique
6) Conclusion
La comptabilisation des provisions permet de respecter le principe de prudence et de donner une image fidèle des comptes. Pour bien les gérer :
-
Posez-vous la question clé : l’événement s’est-il déjà produit ? Si oui, la provision est possible.
-
Appuyez-vous sur des données concrètes : statistiques passées, avis d’experts, contrats signés.
-
Vérifiez la cohérence fiscale : certaines provisions ne sont pas déductibles.
-
Pensez à la symétrie : toute dotation peut donner lieu à une reprise future si le risque disparaît.
Bien maîtriser les provisions permet d’éviter les erreurs de clôture, de sécuriser les comptes et d’anticiper les risques financiers.
Règle d’or : la provision doit être justifiée, probable, estimable et réévaluée régulièrement.
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